Nous avons peut-être grandi dans l’idée qu’une âme-sœur nous attendait quelque part, nous nous sommes réjouis au lumineux moment d’une rencontre en espérant l’avoir enfin trouvée. 

Mais elle n’existe pas ! A un niveau subtil nous sommes tous reliés, nous faisons partie d’une même famille. A certains autres niveaux de conscience nous sommes plus ou moins proches de certaines personnes : nous nous comprenons, nous nous rencontrons à certains étages de notre être.

Si l’âme est la part personnelle de la dimension transpersonnelle, ou spirituelle, de l’être humain, c’est-à-dire la façon singulière que cet être-là incarne l’infini dans ce monde fini, alors cette âme aussi est unique comme nous sommes tous uniques. Et il y a certainement des « familles d’âmes » : nous trouvons des frères et sœurs avec une vibration commune à tel ou tel niveau de notre corps psyché, de notre conscience incarnée. Familles ou frères ou sœurs, d’âme ? de cœur ? d’aspiration ?  C’est souvent assez mystérieux … Sans doute quelques personnes dans nos vies mériteraient d’être nommées âmes-sœurs pour la proximité ou l’intimité que nous générons ou rencontrons ensemble.  Cependant qu’une seule âme dans cet univers soit notre âme-sœur, cela parait enfantin ou idéaliste. Même si la théorie des âmes-sœurs est très ancienne et fait référence à cette théorie où Dieu aurait créé les âmes par couples. Chercher l’âme sœur serait imaginer une intensité fusionnelle, une sorte d’autre soi-même, de jumeau ou jumelle, un reflet de soi, un être capable de nous comprendre et de nous aimer sans avoir besoin de dire ou de demander. En tout cas, cette recherche nourrit le rêve !

Mais au quotidien avec qui nous engageons-nous, qui épousons-nous, qui croyons nous aimer ? C’est tout simplement un autre être humain avec lequel il y a parfois, souvent, dans un premier temps une forme de magie. Il y a de profondes résonnances et c’est ce qui nous apparait en premier. Puis avec le temps, nous réalisons, parfois douloureusement, qu’à d’autres niveaux, il y a des différences, des dissonances, des incompréhensions, des conflits. Et pourtant c’est celui-là ou celle-là qui est dans nos vies, avec qui nous avons tant partagé, ou avions, avons, tant envie de partager, qui est peut-être l’autre parent de nos enfants.

C’est là l’aventure du couple, le défi d’une relation engagée. Allons-nous persévérer ou pas ? C’est un choix personnel, à faire et refaire… Une autre âme-sœur ne nous attend pas quelque part … Mais nous pouvons entreprendre, avec courage ou illusion, une nouvelle rencontre ;  nous pouvons risquer la traversée de la solitude ; ou nous pouvons oser l’intimité avec celui ou celle qui est là, avec toutes ses différences et tous les espaces difficiles que la relation nous fait approcher.

Brigitte Chavas, 2017